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Les femmes dans l'industrie - Un impératif pour l'avenir
L'industrie française recrute, mais peine à convaincre les femmes de franchir le pas. Alors que la métallurgie affiche encore 76 000 postes non pourvus, seulement 23 % de ses salariés sont des femmes. Hubert Mongon, président de l'UIMM, revient sur les leviers concrets pour atteindre l'objectif ambitieux de 33 % de féminisation d'ici 2033 et sur le rôle clé que France Travail peut jouer pour y parvenir.
État des lieux
- Quelle est la situation de l'emploi industriel en France ? Les tensions de recrutement persistent-elles ?
La période est particulière, et rarement l’état industriel en France n’aura été aussi hétérogène. Les indicateurs qualitatifs comme quantitatifs divergent ainsi sensiblement selon les secteurs et les territoires, en particulier pour les entreprises qui adhèrent à la convention de la métallurgie et que nous représentons.
En dépit de ce contexte, l’industrie a des besoins importants en recrutement . Les secteurs de la défense, de l’aéronautique, du nucléaire sont particulièrement concernés. Des déséquilibres entre le nombre de candidats et le nombre d’offres d’emploi persistent dans de nombreux métiers : la chaudronnerie, la soudure, la maintenance ou encore l’usinage. Sur le marché du travail, les candidats à ces métiers essentiels sont en position de force !
- Quelle est aujourd'hui la part des femmes dans la métallurgie et l'industrie en général ? Observe-t-on une évolution ?
Dans l’industrie, la part des femmes stagne sous la barre des 30% depuis une décennie.
Dans la métallurgie (qui représente 1,5 million de salariés), le défi est encore plus grand puisqu’environ 23% des salariés sont des femmes. C’est très insuffisant selon nous, d’autant plus que ces écarts se creusent selon les catégories socio-professionnelles. Comme dans d’autres secteurs techniques, les femmes représentent 71,5% des salariés des services supports, mais seulement 23% des ingénieurs et 16% des effectifs ouvriers.
Nous observons néanmoins une perception plutôt positive de l’opinion sur ce secteur. Le baromètre IPSOS sur l’image de l’industrie réalisé en 2025 pour Opco 2i montre ainsi un intérêt croissant des femmes pour le secteur (+ 16 points vs 2019). Et elles sont aujourd’hui 62% à avoir une bonne image de l’industrie (+18 points vs 2019). Nous devons continuer à encourager les femmes qui travaillent et s’épanouissent dans l’industrie à la faire connaître comme une voie de réussite professionnelle. C’est aussi grâce à l’action quotidienne des UIMM territoriales et des conseillers du Réseau Pour l’Emploi et de France Travail Pro en région que les choses bougent !
Je me suis laissé dire que le taux de satisfaction de France Travail augmente d’autant plus que les sondés connaissent ces services et les ont utilisés. Pour l’industrie c’est un peu pareil. On pourrait reprendre à notre compte le slogan “l’essayer, c’est l’adopter” ! Les entreprises industrielles du pays et celles adhérentes à l’UIMM ont besoin que chaque conseiller France Travail, mission locale et Cap Emploi mobilise chaque occasion de parler des emplois disponibles dans l’industrie aux jeunes et aux demandeurs d’emploi qu’ils accompagnent. Merci à eux, nos entreprises comptent sur eux !
Pourquoi si peu de femmes ?
- Pour rappel, vous souhaitez faire passer de 23% à 33% le taux de femmes dans la métallurgie d’ici 2033, quels sont les principaux freins à l'entrée des femmes dans l'industrie ?
Nous sommes ambitieux car il nous paraît impensable que la moitié de la société ne participe pas plus directement à la production des richesses du pays. La présence des femmes n’est pas à la hauteur de nos attentes, mais je note que cela progresse en continu.
Notre défi collectif : lutter contre la méconnaissance. Car on ne choisit pas ce qu’on ne connait pas. L’industrie souffre encore d’une méconnaissance de ses métiers et de ses entreprises. Des biais de perception restent tenaces, par exemple que les métiers de l’industrie sont plutôt pour les hommes. C’est faux bien sûr ! Ces obstacles, partagés par l’entourage familial, les enseignants, les prescripteurs de l’orientation et de l’emploi freinent trop souvent l’orientation des jeunes filles et des femmes vers nos métiers.
Pour inverser la tendance, ces questions se travaillent dès l’école. L’UIMM agit main dans la main avec l’Education Nationale et l’Enseignement supérieur pour permettre à davantage de jeunes filles de pouvoir choisir de s’orienter vers les filières scientifiques et techniques.
Au-delà du système scolaire, pour toucher un public plus large, notamment celui des femmes en recherche d’emploi, l’UIMM œuvre, à travers des campagnes de communication comme « Tu as ta place » ou « Devenez une IRON WOMAN » à lever ces freins en proposant un nouvel imaginaire et une représentation actuelle des entreprises industrielles.
Enfin, nous agissons sur les freins périphériques, liés à la mobilité, la garde d’enfant, qui peuvent faire obstacle à l’insertion des femmes dans l’emploi. Nous travaillons localement avec l’appui d’acteurs comme les CIDFF pour apporter des solutions concrètes et accompagner les femmes pour sécuriser leur retour à l’emploi.
- Si vous deviez adresser un message direct aux femmes qui hésitent à se lancer dans l'industrie, que leur diriez-vous ?
Chaque jeune fille et chaque femme doit pouvoir envisager l'industrie comme une voie professionnelle prometteuse, enrichissante, rémunératrice.
Encore trop peu le savent ; l’industrie et la métallurgie proposent des salaires 13% à 15% plus élevés que dans le reste de l’économie, à compétences équivalentes. Les entreprises sont modernisées depuis longtemps et les métiers ont évolué ; ils sont plus digitalisés, plus qualifiés.
Ils offrent de très belles perspectives de carrière, et une diversité de parcours, avec la possibilité de se former, de progresser et de participer à des projets concrets qui donnent du sens au travail.
Pourquoi c'est essentiel
- Question centrale : En quoi la présence des femmes dans l'industrie est-elle indispensable aujourd'hui ?
C’est important d’abord pour les femmes et les jeunes femmes elles-mêmes. Il est souhaitable de leur proposer des emplois disponibles proches de chez elles, bien rémunérés et durables, et de les inciter à s’y projeter. Pouvons-nous nous résoudre à laisser des femmes au chômage ou à des déplacements quotidiens longs et coûteux, “simplement” car personne ne leur a dit qu’on les recrute sur ces postes ni qu’elles seront formées ? Non, bien sûr.
Ensuite parce que nous vivons dans un pays où la place du travail, la quête de sens et le pouvoir d’achat sont continuellement questionnés. Parce que le taux de chômage est encore trop élevé et que les trois quarts des salariés en temps partiel subi sont des femmes. Parce qu’aussi, le secteur industriel devrait recruter 200 000 personnes par an d’ici 2035. Enfin et surtout, parce que ces emplois sont stables, bien rémunérés et offrent de réelles perspectives d’épanouissement.
C’est un enjeu de société, qui concerne aussi bien la représentation des métiers que les choix d’orientation vers les filières scientifiques et techniques.
- Avez-vous des exemples concrets d'entreprises ayant mis en place une politique mixité volontariste ?
Les dirigeants et dirigeantes des entreprises industrielles se sont emparés de ces enjeux. Ils sont nombreux à s’engager sur le terrain, convaincus que la mixité est un levier de performance et de cohésion pour leurs équipes. Les entreprises agissent principalement autour de trois axes :
- Susciter des vocations, en ouvrant leurs portes, auprès des scolaires et des publics éloignés de l’emploi, pour leur faire découvrir et rendre concrets grâce à l’immersion, les environnements de travail, les valeurs et les métiers des entreprises industrielles. Pour cela, elles sont nombreuses à collaborer avec des associations telles qu’Elles bougent ou à s’engager aux côtés de l’UIMM et de ses partenaires emploi.
- Adapter l’environnement de travail, pour que chaque collaborateur, femme ou homme, puisse exercer son métier dans de bonnes conditions. Les entreprises ont investi il y a longtemps déjà dans l’ergonomie des postes de travail et des équipements de production.
- Adopter une politique de recrutement et de management volontariste. La mixité, la diversité et l’inclusion sont inscrites dans les valeurs des entreprises, pour créer une culture d’entreprise plus inclusive et mixte. Cela permet d’attirer plus de talents féminins, mais également de favoriser leur insertion et la fidélisation des équipes sur le long terme.
Actions concrètes UIMM
- Que met en place l’UIMM concrètement, pour féminiser le secteur ?
L’UIMM est depuis longtemps engagée en faveur de la mixité dans l’industrie. Depuis 2023 nous l’avons délibérément inscrit comme une des priorités de notre plan stratégique en initiant le programme “Tu as ta place”. Celui-ci s’articule autour de 6 axes de travail afin de mettre en place plus massivement les actions et les engagements menés depuis de nombreuses années. Il s’agit de faire de la mixité une priorité en rassemblant tous les acteurs volontaires et en adressant un message fort aux jeunes filles et aux femmes : chacune d’entre elles doit pouvoir envisager l’industrie comme une voie d’orientation possible.
Sur tout le territoire, les UIMM territoriales et les entreprises industrielles que nous représentons œuvrent au quotidien pour faciliter la découverte, l’immersion, l’intégration et la réussite des talents féminins. Actions et expérimentations sont menées avec les acteurs de l’orientation, les partenaires du réseau pour l’emploi -dont France Travail bien sûr- et les associations d’insertion dans le même objectif.
En 2025, nous avons également lancé une campagne incarnée par un collectif de femmes : autant de rôles modèles qui proposent un nouvel imaginaire et une représentation actuelle des entreprises industrielles. Car c’est aussi par le témoignage de celles qui ont fait le choix de l’industrie, à différents niveaux de responsabilités et divers métiers que d’autres seront encouragées à y apporter et développer leurs compétences.
- Votre partenariat avec France Travail, intègre-t-il un volet spécifique "femmes et industrie" ?
France Travail est un partenaire majeur de l’UIMM pour favoriser l’accès aux formations et aux métiers industriels, et notamment à l’attention des femmes en recherche d’emploi.
Une feuille de route opérationnelle a été écrite fin 2025, pour faciliter le déploiement d’actions communes.
Elle prévoit notamment la mise en œuvre de parcours d’accompagnement dédiés aux femmes, leur permettant de découvrir les environnements de travail des entreprises de la métallurgie, de travailler leur posture professionnelle, d’accéder à des immersions en centres de formation et en entreprises.
Fin 2025, ce modèle de parcours a été expérimenté dans quelques territoires, permettant un taux de sorties positives (retour à l’emploi ou en formation) de 75%. L’enjeu est maintenant le passage à l’échelle, pour augmenter significativement le nombre de femmes bénéficiaires de ce parcours, et les recrutements des entreprises industrielles in fine.
Nous travaillons également conjointement à renforcer la connaissance et l’outillage de nos réseaux, pour faciliter la mise en œuvre d’actions de proximité et informer les collaborateurs France Travail des opportunités du secteur.
Le rôle de France Travail et du Réseau Pour l’Emploi (RPE)
- Quelle contribution France Travail et le RPE peuvent-ils apporter à cette ambition ?
France Travail dispose du maillage territorial nécessaire pour encourager les coopérations locales entre les agences, les UIMM territoriales et les acteurs locaux d’insertion ou agissant sur les questions d’égalité F/H. Ses partenaires Cap Emploi et missions locales également.
Nous devons mobiliser nos forces opérationnelles pour encourager les expérimentations et les déclinaisons locales des actions qui fonctionnent et les déployer ensuite massivement.
117 000 femmes inscrites chez France Travail ont indiqué être intéressées par l'industrie. D’autres pourraient l’être après avoir eu l’information et la connaissance des opportunités.
Les conseillers en évolution professionnelle ont un rôle essentiel pour proposer les emplois à pourvoir à plus de femmes, par exemple des salariées en “temps partiel subi” qui recherchent des temps complets et des emplois stables.
Il ne tient qu'à nous, en travaillant ensemble de faire en sorte qu'elles soient plus nombreuses à passer les portes de l'industrie.
- Comment France Travail peut-il mieux orienter les demandeuses d'emploi vers l'industrie ?
La mise à disposition d’outils de communication et la formation des collaborateurs semblent essentiel pour renforcer la connaissance des métiers industriels chez les conseillers France Travail. Ils doivent être en mesure de mieux valoriser les opportunités du secteur auprès des candidates.
Cela passe notamment par une meilleure visibilité des offres d’emploi transmises par notre plateforme mutualisée; par des recherches plus larges dans les viviers potentiels de demandeurs d’emploi ; ou encore par un accès simple et renforcé aux budgets de la politique publique de l’emploi pour les formations avant embauche. Sans ces POEI ou POEC, il sera plus difficile pour les femmes d’intégrer les emplois, y compris en alternance.
Nous devons tout mobiliser pour leur donner toutes les chances de réussir leur réorientation ou reconversion, et ne pas abandonner. France Travail joue également un rôle clé auprès des entreprises, pour accompagner l’évolution de leurs pratiques de recrutement (plus de recrutement par les habiletés MRS par exemple), et leur capacité à attirer et accueillir plus de talents féminins. Nous avons des synergies et des beaux projets à construire sur ce champ y compris.
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