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« Nous recrutons 2 500 personnes par an en France et dans le monde »

SEMAINE DES MÉTIERS DU NUCLÉAIRE. La filière nucléaire prévoit de créer 100 000 emplois en dix ans. Quels emplois sont concernés ? Comment dénicher de nouveaux talents ? Quelle stratégie de formation adopter ? PIERRE-OLIVIER ALLAIN, SENIOR MANAGER RESSOURCES HUMAINES, ET AURÉLIE CLOCHARD, MANAGER RESSOURCES HUMAINES DU SITE DE PAIMBOEUF (Loire-Atlantique) DE FRAMATOME, nous partagent la manière dont l’industriel adresse ces enjeux multiples.

Publié le  09/02/2024

Framatome, qu’est-ce que c’est ?

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Pierre-Olivier Allain : Framatome est une entreprise française, filiale du groupe EDF, qui compte 18 000 collaborateurs répartis en France, aux États-Unis, en Europe ou encore en Chine. Nous sommes spécialisés dans la conception et la construction de chaudières nucléaires, la maintenance des centrales et la fourniture d’équipements spécifiques. Grâce à notre expertise, nous contribuons à produire une énergie fiable, sûre et compétitive, en droite ligne avec les impératifs climatiques et de souveraineté nationale inhérents à notre secteur.

Quels sont les grands enjeux du groupe à l’aune du plan de relance de la filière nucléaire ?

P-O. A. : Le président de la République a annoncé le 10 février 2022 le déploiement de six nouveaux réacteurs EPR (Réacteur pressurisé européen), appelés « EPR2 », confirmant le rôle stratégique du nucléaire en matière d’énergie et de souveraineté. À cela s’ajoute la nécessité de prolonger la durée de vie des centrales existantes, et aussi de travailler sur de nouveaux designs de réacteurs dits « SMR » (Small Modular Reactors ou Petits réacteur modulaires). De plus, ce plan de relance a pour effet de réinternaliser et rapatrier certaines de nos activités en France, renforçant l’activité de plusieurs de nos sites implantés sur le territoire. Dans ce contexte, Framatome prend activement part à la stratégie compétences de la filière pour renforcer l’attractivité des métiers, s’assurer de la bonne adéquation quant à l’offre de formation au niveau national, soutenir les recrutements et également favoriser une montée en compétences rapide des nouveaux entrants.
 

Comment cela impacte-il vos besoins en recrutement ? 

P-O. A. : Nous recrutons 2 500 personnes par an en France et dans le monde. Nos besoins sont principalement portés par quatre grands métiers : la fabrication (chaudronniers, soudeurs, usineurs, maintenance industrielle…) ; la gestion de projet, qui couvre des projets industriels complexes ; les services nucléaires, dédiés principalement à la maintenance des centrales existantes en France et à l’international ; l’ingénierie, qui assure un socle commun de compétences. 
 

« En 2023, nous avons décidé de repenser notre plan global d’attractivité, afin d’augmenter notre visibilité auprès des candidats, et de proposer à chaque profil une expérience positive, de son premier contact avec l’entreprise jusqu’à son embauche »

Pierre-Olivier Allain
senior manager ressources humaines de Framatome

Quels dispositifs mettez-vous en place pour attirer ces talents ?

P-O. A. : En 2023, nous avons décidé de repenser notre plan global d’attractivité, afin d’augmenter notre visibilité auprès des candidats, et de proposer à chaque profil une expérience positive, de son premier contact avec l’entreprise jusqu’à son embauche. L’alternance et les stages participent en outre pleinement de notre stratégie de recrutement : 40 % des recrutements juniors de certaines de nos entités se traduisent par l’embauche d’anciens stagiaires ou alternants.

Nous avons par ailleurs développé, pour certains métiers, un parcours d’intégration durant lequel les nouveaux arrivants passent trois à quatre mois en immersion au contact de professionnels aguerris, dans une dynamique de learning by doing (« apprendre en faisant ») avant de rejoindre leur équipe. Enfin, nous nous attelons à faire connaître Framatome au plus grand nombre en participant à des initiatives telles que la Semaine des métiers du nucléaire. Nous ouvrons également nos portes aux collégiens et lycéens, nous réalisons des job datings sur nos sites et au sein des écoles… 
 

« Depuis 2016, la méthode de recrutement par simulation nous a permis de recruter une centaine d’opérateurs de production, rien que pour le site de Paimboeuf »

Aurélie Clochard
manager ressources humaines du site de Paimboeuf de Framatome

Dans le cadre de votre partenariat avec France Travail, vous avez choisi de recourir à la méthode de recrutement par simulation (MRS)…

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Aurélie Clochard : La MRS consiste à recruter en se concentrant sur les aptitudes des candidats par rapport à un poste donné, sans se baser sur le CV. Nous expérimentons cette approche au sein de différentes entités du groupe, parmi lesquelles figure l’usine de Paimboeuf. Nous y réalisons une à deux sessions de MRS par an, toutes composées de plusieurs étapes clés. Tout d’abord, France Travail réalise un premier travail d’identification des aptitudes, duquel découle une série d’exercices pratiques.

Ensuite, nous communiquons auprès des demandeurs d’emploi, mais également des personnes qui souhaiteraient se reconvertir sur les opportunités à pourvoir via la MRS : les profils intéressés passent alors la série d’exercices puis rejoignent un processus de recrutement plus « classique », si leur test a donné satisfaction.

Particularité de Paimboeuf : une fois recrutés, les collaborateurs bénéficient dès leur arrivée d’un parcours de six mois en alternance, depuis notre atelier école, débouchant sur l’obtention d’une formation diplômante. Depuis 2016, la MRS nous a permis de recruter une centaine d’opérateurs de production, rien que pour le site de Paimboeuf.

 

Quels sont les bénéfices d’une telle démarche ? 

A. C. : Le fait de recruter sans CV place tous les talents sur un pied d’égalité. Des talents issus d’autres métiers, d’autres secteurs d’activité, qui n’auraient jamais imaginé rejoindre la filière nucléaire, comme cette ancienne coach sportive devenue opératrice de production et aujourd’hui chef d’équipe. Au-delà de la belle histoire, cette évolution de carrière démontre bien que ce mode de recrutement ouvre le champ des possibles tant pour les employeurs que pour les candidats. La MRS renforce aussi la robustesse et la pertinence de nos recrutements, puisque nous sommes capables d’identifier concrètement les habilités de chaque profil. En parallèle, cela nous donne les moyens de toucher un public féminin plus large, et donc d’accélérer la mixité dans nos métiers.
 

« La MRS est un dispositif puissant, reproductible et adapté à nos besoins de montée en compétences rapide, dont l’efficacité est le fruit d’une excellente coopération avec France Travail »

Pierre-Olivier Allain
senior manager ressources humaines de Framatome

P-O. A. : La MRS est un dispositif puissant, reproductible et adapté à nos besoins de montée en compétences rapide, dont l’efficacité est le fruit d’une excellente coopération avec France Travail. 

Qu’en est-il de la formation ?

P-O. A. : Nous investissons massivement dans la formation, comme en témoigne le dispositif Framatome Academy, l’un des piliers de notre approche. Son objectif ? Développer des parcours sur des sujets et expertises pointues, au travers d’une vingtaine de centres d’apprentissage. L’enjeu de Framatome Academy est double : répondre à nos besoins en compétences, et offrir à nos salariés la possibilité de se perfectionner, d’apprendre de nouvelles choses tout au long de leur carrière.
 

Quelles compétences clés devront avoir les professionnels du nucléaire de demain ?

P-O. A. : La filière nucléaire est une industrie engagée, nos collaborateurs aiment leur travail et le font avec passion. Cet engagement est fondamental au regard des chantiers qui nous attendent, c’est pourquoi, outre les compétences techniques, ce sont avant tout les talents dotés de qualités humaines – comme la rigueur, la curiosité technique et le travail d’équipe – qui demain, feront la différence. 
 

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