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« Nous sommes au tout début de quelque chose qui ressemble à une révolution »

AXA Climate School, d’AXA Climate, aide les entreprises à modifier leur organisation, former leurs collaborateurs et adapter les métiers au changement climatique. Quatre millions de salariés ont déjà accès à cette école ouverte aussi aux particuliers et aux collectivités territoriales. Rencontre avec Antoine Poincaré, directeur de la structure.

Publié le  04/09/2023

De quelle manière l’emploi et les métiers vont-ils devoir s’adapter au changement climatique ?

Antoine Poincaré : Le focus sur les nouveaux emplois est un sujet tarte-à-la-crème historique, et ceux créés par la transition durable n’y échappe pas ! En 2010, quand on parlait des dix métiers qui n’existaient pas encore, il s’agissait de faire des paris sur 2020 en mettant l’accent sur des métiers concernant un très faible nombre de personnes et qui naissaient avec la transformation digitale. Ce qui s’est passé dans la réalité, c’est la digitalisation des emplois existants, avec l’ajout de nouvelles compétences. Aujourd’hui, on peut dire « Every job is a digital job ! » (chaque métier est un métier digital !).

Ma conviction, c’est qu’il va se passer la même chose avec la transition écologique, avec un verdissement des emplois existants. Chacun va devoir prendre en compte l’impact environnemental de son métier, en acquérant des compétences vertes dans les métiers qui existent déjà : marketeurs, juristes, acheteurs ou informaticiens.
 

Ces bouleversements sont-ils équivalent à ceux engendrés par la transition digitale ?

A. P. : Les emplois détruits et créés se chiffrent très vite en millions, si l’on en croit le plan de transformation de l’économie française proposée par le think tank (cercle de réflexion) The Shift Project. Se pose aussi la question de la fin d’un certain nombre d’emplois existants dans l’automobile, l’aérien, l’exploration et l’exploitation pétrolière. En ceci, le parallèle avec la transformation digitale est valide. La différence de la transition digitale tient sur deux aspects : la régulation et l’embarquement des PME. L’Union européenne – et d’autres – légifèrent. Certaines activités vont voir leur démantèlement planifié par le biais de la régulation ; la pression s’accentue sur les grands groupes pour que leurs fournisseurs s’astreignent à un reporting vert.

La transition verte est devenue une question pour les PME aussi, le plus souvent par le biais de leurs clients grands comptes qui imposent des critères à leurs fournisseurs. Il y une volonté que la transition durable touche toute l’économie. Rappelons que l’objectif de décarbonation de l’Union européenne est de – 55 % d’ici 2030, contre environ 30 % aujourd’hui (en émission de CO2 équivalent par rapport à 1990).
 

« La vraie difficulté de la transition durable, c’est qu’elle est très pointilliste, c’est-à-dire différenciée par métier. »


Quels métiers vont changer, évoluer ou disparaître ? 

A. P. : La vraie difficulté de la transition durable, c’est qu’elle est très pointilliste, c’est-à-dire différenciée par métier. Il n’existe pas un emploi qui cristalliserait tous les besoins, un peu comme celui de « développeur » pour la transformation digitale. Dans l’automobile, l’entretien d’un véhicule électrique demande beaucoup moins de main d’œuvre que celui d’un véhicule thermique. Par exemple, il n’y a plus besoin de vidange, ce qui fait que toute la chaîne de valeur de l’après-vente va être touchée. Les métiers de la rénovation énergétique sont déjà en train d’exploser.

La Solive, par exemple, est une école de type bootcamp (formation intensive) qui forme aux métiers d’installateur de pompes à chaleur, de réalisateur de diagnostic énergétique ou de maîtrise d’œuvre de la rénovation énergétique. L’un des métiers emblématiques de la transition énergétique est celui de responsable Responsabilité sociale des entreprises (RSE). Ce métier inclut désormais une logique de reporting importante et implique de conduire le changement dans l’entreprise. Cela devient un nouveau chief digital officer (directeur stratégie digitale) ! PricewaterhouseCoopers (PwC), réseau britannique d'entreprises de missions d'audit, expertise comptable et conseil, a annoncé en 2021 qu’il visait 100 000 consultants RSE à l’horizon 2025. C’est bien que les équipes RSE grossissent en interne.

Ce mouvement de fond est en train de descendre au niveau des tailles d’entreprise, en touchant maintenant les PME parce qu’elles sont, en tant que fournisseurs de groupes internationaux, soumises à de nouvelles obligations.
 

À l’inverse, quels sont les métiers qui vont émerger ou se développer ?

A. P. : Le Plan de transformation de l’économie française met notamment l’accent sur l’industrie du vélo et des mobilités douces, mais aussi sur les métiers autour de l’économie circulaire dans le bâtiment. On peut citer, par exemple, un nouveau métier en charge de la déconstruction des bâtiments avec l’objectif de recycler les matériaux. De même, dans l’agriculture, nous allons assister à un appel d’air vers la main d’œuvre agricole, avec le retour vers un secteur qui avait perdu des bras. Or il en faudra si l’on veut moins d’intrants chimiques tout en produisant plus pour nourrir plus de gens.
 

De quelle manière les entreprises vont-elles être impactées et comment peuvent-elles anticiper ces changements ?

A. P. : Le préalable assez fondamental c’est la formation, avec trois niveaux d’accessibilité. Le premier niveau vise à permettre à l’ensemble des collaborateurs d’acquérir une culture générale environnementale (climat, biodiversité, impact sur l’activité de l’entreprise et les métiers). C’est ce que nous essayons de faire avec AXA Climate School (ou avec la Fresque du climat, qui permet de sensibiliser en trois heures). Pour acquérir les compétences vertes dont vous avez besoin dans votre métier, un deuxième niveau peut s’articuler autour d’une dizaine d’heures de formation, sur des sujets précis.

Par exemple, les collaborateurs du département comptabilité ou finances pourrons se former pour comprendre la Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) -, une directive européenne qui entre en vigueur en 2024 et oblige toutes les entreprises de plus de 250 salariés à publier un rapport extra-financier) - ou la taxonomie verte. Tous les métiers ne vont pas bouger au même rythme, comme l’indique le Boston Consulting Group dans son rapport « Closing the sustainability skills gap » (combler le déficit de compétences en matière de développement durable). Enfin, à plus long terme, la direction de l’entreprise va pouvoir identifier ses besoins en main-d’œuvre pour demain, et accompagner dans un troisième niveau de formation ses collaborateurs pour changer de métier.

Par exemple, dans l’industrie automobile, une entreprise qui fabriquait des réservoirs d’essence aura les armes pour produire des réservoirs à hydrogène, mais cela va demander un ré-équipement complet en compétences. L’entreprise doit définir ce qu’elle va faire dans les prochaines années pour décider son plan de formation en fonction de ces perspectives, car c’est du temps long.
 

« Il s’agit de préparer un terrain fertile dans l’entreprise pour que les messages passent et que les entreprises puissent prendre les virages qui s’imposent. »


Quels sont les enjeux que les entreprises doivent relever en matière de recrutement et de formation pour s’adapter à ces évolutions ?

A. P. : Je crois que nous sommes au tout début de quelque chose dont nous découvrons progressivement la profondeur. Il y a une obsession du court terme dans l’entreprise, qui conçoit au mieux des plans stratégiques à quatre ou cinq ans. Pour les entreprises, c’est un choc un peu existentiel qui ne va pas se résoudre avec deux heures de sensibilisation aux écogestes, la constitution d’un comité RSE et la mise en place d’un plan vélo. Avec AXA Climate School, nous répondons à ce besoin d’acculturation massive que les entreprises voient bien venir, mais nous ne sommes nous-mêmes qu’une toute petite brique.

Du côté de l’enseignement supérieur, les grandes écoles travaillent à un verdissement de leurs programmes en intégrant les contraintes planétaires dans un cours de marketing, de supply chain (chaîne d’approvisionnement), de finances. Si nous voulons maximiser la connexion entre entreprise et éducation pour favoriser le taux d’emploi, les lycées professionnels vont aussi devoir se poser la question d’adapter leur formation à ces métiers. 
 

Quand et pourquoi avez-vous lancé la AXA Climate School ?

A. P. : AXA Climate, c’est une petite filiale d’AXA qui s’occupait au départ des sujets d’adaptation au changement climatique, pour les autres entreprises. Pour aller plus loin, nous avons eu l’idée de développer des services comme la AXA Climate School pour aider les entreprises à accélérer leur transition. En acculturant les collaborateurs aux sujets de la transition écologique, il s’agit de préparer un terrain fertile dans l’entreprise pour que les messages passent et que les entreprises puissent prendre les virages qui s’imposent. 
 

À qui s’adresse cette formation et quels sont les salariés qui en ont bénéficié jusqu’à présent ?

A. P. : Quatre millions de collaborateurs de très grandes entreprises ont accès à la AXA Climate School dans le monde entier. Notre objectif est de toucher le plus de personnes possibles avec le plus de formats possibles en développant des formations avancées spécialisées comme la Net Zéro School pour les financiers ; ou un format moins spécialisé qui vise à déclencher des discussions « machine à café », comme le Climate Brief pour les entreprises ; ou notre formation pour le secteur public et les collectivités territoriales à travers l’École du climat, déclinaison de l’AXA Climate School, gratuite pour les petites collectivités. 
 

De quelle manière les demandeurs d’emploi peuvent-ils être concernés par ces évolutions et comment peuvent-ils se former ?

A. P. : Les entreprises vont rechercher de plus en plus à recruter des collaborateurs qui ont une première compréhension de la transition durable. Cela deviendra un prérequis lors des entretiens d’embauche. Je conseille aux demandeurs d’emploi d’aller faire une Fresque du climat en présentiel ou de suivre la partie de nos cours accessibles en ligne, quel que soit leur métier. AXA Climate School est gratuite pour les particuliers. Pour les métiers supports (RH, informatique, acheteur, marketing et communication, services généraux, achats), nous proposons des cours d’une heure gratuits. Nous sommes au tout début de quelque chose qui ressemble à une révolution. Et c’est une révolution extraordinairement scientifique, donc il faut bien admettre qu’il va nous falloir retourner « à l’école » !

Pour en savoir plus :

https://www.youtube.com/watch?v=yhh-94nJW-I

https://www.learning-boost.com/les-competences-de-la-transition-durable-selon-antoine-poincare-vp-daxa-climate-school/

https://podcast.ausha.co/sur-le-metier/21-antoine-poincare-vp-climate-school-d-axa-les-impacts-de-la-transformation-durable-sur-les-metiers
 

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