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France Travail et l’UMN, partenaires pour répondre aux besoins du nucléaire : Anne Jancovici et Michel Swieton mobilisés pour les compétences de la filière

Du 9 au 13 mars 2026, France Travail et l'Université des Métiers du Nucléaire (UMN) co-organisent la Semaine des métiers du nucléaire, un rendez-vous national pour découvrir une filière stratégique en pleine relance. Avec 100 000 recrutements attendus d'ici 2035, le nucléaire, 3ème filière industrielle française, doit massivement recruter pour accompagner la construction des nouveaux réacteurs EPR2 et la prolongation du parc existant.

Publié le  09/03/2026

Cette année, l'accent est mis sur la féminisation et la mixité : avec environ 24% de femmes dans le secteur, l'enjeu est autant quantitatif que qualitatif. Du CAP soudeur au diplôme d'ingénieur, tous les profils sont recherchés.

"Il n'y a pas de grands chantiers en France sans France Travail", rappelle Michel Swieton, directeur régional France Travail Auvergne-Rhône-Alpes et référent national pour la filière nucléaire. Un partenariat structurant qui illustre le rôle clé de France Travail dans l'accompagnement des grandes transformations industrielles.

Rencontre croisée avec Anne Jancovici, présidente de l'UMN, et Michel Swieton.

Le secteur en chiffres

  • 220 000 salariés dans près de 2 000 entreprises
  • 100 000 recrutements à horizon 2035
  • 6 à 10 000 embauches/an en moyenne
  • 2/3 des besoins : métiers de techniciens (CAP à Bac+3)
  • Environ 24% de femmes dans la filière

Une filière aux besoins massifs et diversifiés

Des métiers pour tous les niveaux

Anne Jancovici, présidente de l'UMN, rappelle l'ampleur du défi : "Sur les 100 000 recrutements attendus, deux tiers concernent des métiers de techniciens, du CAP au Bac+3. Nous recherchons, par exemple, des techniciens maintenance, soudeurs, tuyauteurs, mécaniciens, ferrailleurs CND, mais aussi des profils en génie civil pour les grands chantiers EPR2."

La filière nucléaire se déploie sur deux programmes industriels majeurs :

  • Le Grand Carénage, visant à prolonger la durée de fonctionnement des centrales existantes
  • Le nouveau nucléaire, avec la construction de 3 paires de réacteurs EPR2 (Penly, Gravelines, Bugey)

"Pour ces nouveaux réacteurs, nous avons également besoin d'ingénieurs conception, chefs de projet, ingénieurs procédés et électricité ; des spécialités cœur pour nos activités", précise Anne Jancovici.

 

France Travail adapte son accompagnement à tous les profils

Michel Swieton détaille l'approche : "La filière nucléaire est au croisement de plusieurs secteurs. Quand on construit une centrale, on fait de la voirie, des travaux publics, de la métallurgie, du nucléaire... Peuvent y travailler des terrassiers, des coffreurs... des métiers extrêmement différents."

Il identifie trois pans d'activité nécessitant des accompagnements distincts :

  • Prolongation des centrales existantes : métiers de maintenance (ferrailleur, mécanicien, agent de protection, soudeur)
  • Ingénierie des nouveaux réacteurs : profils techniques et chefs de projet
  • Construction : génie civil, voirie, infrastructures

"Tous les dispositifs de France Travail sont mobilisés : préparations opérationnelles à l'emploi (POEI), apprentissage, immersions, méthode de recrutement par simulation (MRS)", précise-t-il. L'enjeu : former au bon moment.

La féminisation, enjeu stratégique 2026

Un plafond de verre à 24%

Le constat est clair : quelque 24% de femmes travaillent dans le nucléaire, un chiffre qui croit très doucement. Pourtant, face à des besoins de recrutement massifs, la filière ne peut plus se priver de la moitié de la population.

"La mixité n'est pas qu'une question de parité : c'est un enjeu de performance et d'innovation", souligne Anne Jancovici. "Quand on a des femmes et des hommes dans une équipe, on est plus fort, on innove davantage. C'est démontré dans toutes les entreprises, et le nucléaire n'échappe pas à la règle."

 

Casser les clichés : tous les métiers sont ouverts

L'UMN multiplie les initiatives pour déconstruire les idées reçues :

  • Interventions dès le collège pour susciter des vocations
  • Partenariat avec WiN France (Women in Nuclear) et le réseau "Sciences et Filles" du ministère de l'Éducation nationale
  • Valorisation de rôle modèles via le Prix Fem'Energia qui met en lumière des parcours remarquables de femmes dans l'industrie
  • Témoignages de reconversions réussies : coiffeuses devenues soudeuses, pâtissières rejoignant le nucléaire grâce à leur précision gestuelle, compétences valorisées grâce à la MRS

"Il faut parler parler aux femmes et aux jeunes filles, ouvrir les portes des entreprises, montrer que des femmes professionnelles se sont lancées dans cette aventure avec des parcours très divers, quelles sont épanouies et fières de leur métier."

—  Anne Jancovici, Présidente de l'Université des Métiers du Nucléaire

France Travail au quotidien contre l'auto-censure

Michel Swieton met l'accent sur le rôle concret des équipes : "Il y a un travail de communication professionnelle : mettre en avant des parcours de femmes qui ont réussi dans la filière. Mais c'est aussi un travail quotidien de nos conseillers qui rencontrent des candidates et leur disent : 'Est-ce que vous avez pensé au nucléaire ? Vous avez telle compétence, sachez que la centrale à côté embauche.'"

Il pointe un frein majeur : l'auto-censure. "Une femme va se dire 'ce n'est pas pour moi, c'est un secteur trop masculin'. Il faut l'encourager à faire tomber ces barrières, même dans son esprit."

"J'ai rencontré des alternantes d'une vingtaine d'années qui ont démarré avant le bac, en chimie et énergie. Elles étaient ultra-dynamiques et vont faire toute leur carrière dans le nucléaire. Cet enthousiasme, c'est exactement ce qu'on veut susciter." (exemple concret lors de sa visite à la centrale de Gravelines)

— Michel Swieton, Directeur Régional Auvergne-Rhônes-Alpes et référent national nucléaire

France Travail, partenaire opérationnel de la filière

Une collaboration structurante au quotidien

L'Université des Métiers du Nucléaire, créée en 2021 avec 12 membres fondateurs dont France Travail, fédère les entreprises de la filière nucléaire, acteurs de formation et services publics de l'emploi.

"Je suis convaincue qu'on ne ferait pas la même chose si on n'avançait pas ensemble avec France Travail. Nos raisons d'être sont très complémentaires", affirme Anne Jancovici.

Michel Swieton détaille l'accompagnement concret : "Tout au long de l'année, l'ensemble des conseillers France Travail Pro et des conseillers chercheurs d'emploi travaillent avec les grands donneurs d'ordre comme EDF, Framatome, mais aussi des petites structures, PME/TPE sous traitantes. C'est un travail au fil de l'eau, dans une relation quotidienne avec les entreprises et les candidats."

Cette complémentarité se traduit notamment par l'alimentation automatique du portail monavenirdanslenucleaire.fr : toutes les offres d'emploi mentionnant le nucléaire enregistrées par France Travail y sont basculées, permettant de centraliser 7 000 offres d'emploi et 500 offres de stages/alternance.

 

Ouvrir le recrutement à tous les publics

"L'un des messages forts portés par Thibaut Guilluy et Bernard Fontana, PDG d'EDF, lors du lancement de la Semaine, c'est d'ouvrir nos esprits dans deux directions", explique Michel Swieton. 

  • Élargir les publics : "Il faut recruter des personnes auxquelles on ne pense pas naturellement : bénéficiaires du RSA, seniors, personnes handicapées... Il y a vraiment de la place pour tout le monde."
  • Diversifier les méthodes de recrutement : méthode de recrutement par simulation, immersions, détection de potentiel, POEI, et dispositifs innovants comme le "Stade vers l'Emploi" où sport et recrutement se rencontrent.

 

Une feuille de route partagée

Fin 2025, l'UMN et France Travail ont formalisé la volonté d’établir une feuille de route commune articulée autour de trois axes prioritaires :

  • Reconversions professionnelles : accompagner les salariés d'entreprises en décroissance vers les opportunités du nucléaire
  • Inclusion : toucher les publics très éloignés de l'emploi, issus du monde rural ou des quartiers prioritaires
  • Féminisation : mobiliser tous les leviers pour attirer et former des femmes

"Ces trois sujets ne sont absolument pas exhaustifs, mais ils structurent notre action commune pour 2026", précise Anne Jancovici.

La semaine des métiers du nucléaire : rencontrer, découvrir, se projeter

Un événement en pleine croissance

En 4 éditions, la Semaine des métiers du nucléaire est devenue un rendez-vous incontournable. "On est passé de 200 événements lors de la première édition à plus de 450 cette année sur toute la France", détaille Michel Swieton.

Qui peut participer ? Tout le monde : chercheurs d'emploi, étudiants, salariés en reconversion, entreprises.

Quels formats ? Job dating, forums, visites de sites, parcours découvertes, ateliers immersifs, webinaires thématiques... répartis dans toutes les grandes régions nucléaires (Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Hauts-de-France, Normandie, Grand Est, PACA).

Quel objectif ? "Rendre visible le secteur et faire des recrutements. Le juge de paix de toutes ces opérations, c'est toujours le recrutement", résume Michel Swieton.

 

Des dispositifs innovants tout au long de l'année

Au-delà de la Semaine, France Travail et l'UMN multiplient les actions pour maintenir la dynamique :

  • Le "Stade vers l'Emploi" : opération sportive avec la présence de 40 jeunes d'établissements scolaires
  • Formations aux titres professionnels : dans les Hauts-de-France
  • Le Mondial des Métiers en Auvergne-Rhône-Alpes
  • Le World Nuclear Exhibition avec des job dating co-organisés avec le GIFEN

Auvergne-Rhône-Alpes : Quand les grands chantiers créent l'emploi local

L'EPR2 du Bugey, un levier d'emploi territorial

"Notre enjeu n'est pas de remobiliser, mais de trouver des candidats.", précise Michel Swieton.

Le chiffre donne le vertige : 10 000 personnes sur le site au moment le plus fort de la construction de l'EPR2 du Bugey, près de Bourg-en-Bresse. "C'est un chantier qui va durer presque 15 ans. Ce n'est pas un passage, c'est une carrière. Les gens vont s'installer."

France Travail fait partie du groupe de travail piloté par la Préfète de région et le Président de région, avec des groupes emploi-formation dédiés. "On travaille avec un rétroplanning très construit. Si on forme des conducteurs d'engins maintenant alors que le chantier démarre fin 2026, on va les perdre : ils seront formés mais travailleront ailleurs. Il faut être en phasage intelligent avec la montée en puissance."

 

Coordination sur les grands projets structurants

Au-delà de l'EPR2, la région concentre plusieurs méga-chantiers :

  • Le tunnel Lyon-Turin qui va passer sous la montagne
  • Les Jeux Olympiques 2030
  • D'autres projets industriels majeurs

"Il faut éviter que ces grands chantiers se cannibalisent en termes d'emploi. Dans un département où le chômage est faible, on doit faire attention à ne pas débaucher des entreprises locales pour les embaucher sur le chantier, sinon on risque un assèchement du tissu économique", explique Michel Swieton.

La solution ? Élargir le sourcing : "On va chercher des compétences au-delà du territoire, au-delà du département, voire au-delà de la région. Ce qui pose des questions de logement, d'écoles... Quand on rencontre un candidat, on évoque les compétences, mais aussi toute la dimension vie quotidienne."

Le rôle clé de France Travail

L'objectif prioritaire ? "Profiter de ces chantiers pour placer des personnes qui sont davantage en difficulté. Pousser des candidatures de personnes plus éloignés de l’emploi. Pour eux, ces chantiers sont une réelle opportunité. Et c'est là qu'on est vraiment dans notre mission."

"Ces grands chantiers sont très structurants pour notre région et donnent une image de dynamisme extrêmement forte", souligne Michel Swieton. "Et comme le disait Thibaut Guilluy : il n'y a pas de grands chantiers en France sans France Travail. On est partie prenante dans toutes ces projets."

Concrètement, comment candidater ?

Les outils à disposition

Le portail monavenirdanslenucleaire.fr centralise :

  • 450 formations classées par région (du CAP au Bac+5)
  • 7 000 offres d'emploi actualisées en temps réel
  • 500 offres de stages et alternance
  • Une CVthèque pour du recrutement inversé : 1 000 candidats ont déjà déposer leur CV en 2 clics, consultable par 300 recruteurs, à date, qui ont créé un compte

 

Les dispositifs de soutien de l'UMN

  • Le Passeport Nucléaire : déployé dans 140 établissements, il apporte une coloration nucléaire dans des formations existantes (théorie, travaux pratiques) et touche 4 000 apprenants à la rentrée 2025
  • Les bourses d'études : 1 150 bourses attribuées depuis 2021 (3 600€/an pour CAP-Bac+2, 2 500€/an pour Bac+3-Bac+5), avec parrainage par des professionnels

 

L'accompagnement France Travail

Formations qualifiantes, immersions (PMSMP), préparations opérationnelles à l'emploi (POE), alternance, méthode de recrutement par simulation (MRS), détection de potentiel (DDP)... "Tous nos dispositifs sont mobilisés pour accompagner les candidats vers ces métiers, quel que soit leur niveau de départ", assure Michel Swieton.

Face à un défi sans précédent ; recruter 100 000 personnes en 10 ans ; la filière nucléaire ne peut réussir qu'en s'appuyant sur des partenariats solides. L'alliance entre l'Université des Métiers du Nucléaire et France Travail incarne cette logique : fédérer les acteurs de la formation, de l'emploi et de l'industrie pour transformer un enjeu massif en opportunités concrètes pour les territoires.

"Au-delà des postes, ce sont des parcours professionnels que nous proposons dans une filière stratégique pour la souveraineté industrielle et énergétique du pays", conclut Anne Jancovici. "Alors, pourquoi pas vous ?"

"Il n'y a pas de grands chantiers en France sans France Travail", rappelle Michel Swieton. "Notre objectif, c'est de profiter de ces opportunités pour accompagner ceux qui en ont le plus besoin. C'est là qu'on est vraiment dans notre mission."

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