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« Ces jeunes ont le courage de franchir le pas » : le Général Vincent Alexandre sur l'insertion professionnelle par le Service Militaire Volontaire
Le Service Militaire Volontaire (SMV) offre une seconde chance aux jeunes éloignés de l'emploi grâce à un parcours structurant de 8 à 12 mois.
Publié le 12/02/2026

Le Général Vincent Alexandre, commandant du SMV, revient sur ce dispositif d'insertion unique qui affiche 83% de réussite et sur le partenariat renforcé avec France Travail.
Général, pouvez-vous rappeler ce qu'est le Service Militaire Volontaire et à quels jeunes il s'adresse ?
Le Service Militaire Volontaire a été créé en 2015. Ce sont des unités militaires – des régiments et centres – qui proposent à des jeunes Français âgés de 18 à 25 ans, en décrochage scolaire et social, de venir passer une période au sein de ces structures pour être préparés, formés et insérés professionnellement.
Nous utilisons la pédagogie militaire et l'encadrement militaire pour structurer ces jeunes qui sont souvent en demande de repères. Nous leur donnons les outils nécessaires, en collaboration avec de très nombreux partenaires, pour qu'ils s'insèrent durablement dans le monde du travail.
Et les chiffres parlent d'eux-mêmes : en 2025, 83% des jeunes qui nous ont rejoints ont été insérés de manière durable (CDD ou CDI) dans le monde du travail. C'est une formule qui fonctionne très bien.
Le SMV, un levier stratégique des politiques publiques de l’emploi
Le Service Militaire Volontaire s’inscrit comme un levier ciblé des politiques publiques de l’emploi en faveur des jeunes les plus éloignés de l’emploi, en agissant simultanément sur les savoir-être et les freins périphériques. Il contribue aux objectifs de la loi Plein emploi en renforçant la logique de parcours, la remobilisation rapide et la coordination entre acteurs.
Le SMV répond à un double enjeu : sécuriser les trajectoires individuelles tout en alimentant les besoins économiques des territoires.
Comment s'articule concrètement le parcours au quotidien ?
Le parcours dure entre 8 et 12 mois selon la filière professionnelle choisie. Il se décompose en trois phases distinctes :
- La formation militaire initiale (1 mois)
Il ne s'agit pas d'en faire des combattants, mais de leur donner un cadre structurant. Les jeunes apprennent les rudiments de la vie militaire : vie en collectivité à la caserne, sorties sur le terrain, marches, remise au sport. Ce premier mois est fondamental car il pose les bases. À l'issue, nous remettons solennellement le calot ou le béret devant les familles, marquant leur entrée dans le monde militaire. - La formation complémentaire (3 à 4 mois)
Cette phase donne aux jeunes tous les outils dont ils ont besoin pour réussir :- Remise à niveau en lecture, écriture et utilisation de l'ordinateur (lutte contre l'illectronisme)
- Passage du permis de conduire gratuit, avec un taux de réussite de 60-65%, supérieur à la moyenne nationale
- Qualifications de base (SST – Santé Sécurité au Travail)
- Missions citoyennes (nettoyage de plages, entretien de cimetières d'anciens combattants, actions environnementales)
- Stage en entreprise d'une quinzaine de jours pour valider le choix d'orientation professionnelle
- La formation professionnelle (400 heures)
Les volontaires suivent cette formation dans un centre civil (AFPA, CFA, lycée professionnel ou maison des compagnons). Nous proposons une quarantaine de filières dans des domaines très variés : aide à la personne, BTP, sécurité, métiers de bouche, logistique, aéroportuaire, transport, et même sauveteur aquatique.
L'objectif, c'est qu'à l'issue de ce parcours, le jeune soit immédiatement employable et intègre rapidement le marché de l'emploi.
Qu'est-ce qui distingue le SMV du Service National ?
C'est une question importante. Les deux portent le terme « service », mais ils ont des objectifs fondamentalement différents.
Le Service National propose une formation courte pour tenir une fonction opérationnelle, pendant 10 mois, pour la défense du territoire. À l'issue, le jeune reprend ses études ou s'engage dans les armées. C'est une vocation opérationnelle.
Le Service Militaire Volontaire, c'est très différent : notre objectif est tourné vers le jeune, vers son insertion professionnelle. Nous utilisons la militarité comme outil pédagogique. Notre combat avec lui, c'est l'insertion professionnelle, pas la préparation au combat.
Cependant, nos volontaires ont bien un statut militaire. D'ailleurs, plus de 100 jeunes du SMV ont participé au bataillon de cérémonie lors des Jeux Olympiques de Paris en 2024. Une mission très sensible dont ils se sont acquittés avec brio. A l'issue du SMV, tous nos volontaires deviennent réservistes opérationnels.
Quelles sont les principales idées reçues sur le SMV que vous souhaitez corriger ?
La première idée reçue, c'est de penser que le SMV, c'est le service militaire de nos parents ou grands-parents – une période obligatoire pour former des combattants. Ce n'est absolument pas ça. Nous ne formons pas des combattants. Leur combat, c'est l'insertion.
La deuxième idée reçue vient des jeunes eux-mêmes : « Je n'y arriverai pas. » Beaucoup nous disent après coup qu'ils étaient impressionnés, voire effrayés à l'idée de nous rejoindre. Or, l'immense majorité parvient non seulement à rester, mais surtout à s'insérer.
« Ces jeunes, pendant 18 ou 20 ans, personne ne leur a dit qu'ils étaient capables, personne ne leur a fait confiance. Nous, on leur fait confiance. On leur dit : "Tu as eu le courage de nous rejoindre, et on va te démontrer que tu es capable de faire plein de choses." »
Une autre idée reçue concerne les jeunes femmes. Certaines pensent qu'elles ne peuvent pas y aller. Or, nous avons un tiers de femmes, c'est plus que la moyenne des armées, et elles s'insèrent même légèrement mieux que les jeunes hommes.
En quoi le cadre militaire fait-il la différence pour ces jeunes éloignés de l'emploi ?
Quand on les questionne, la majorité des jeunes disent : « J'ai besoin de structure. Je suis perdu dans ma vie, je n'ai pas de repères. »
Or, l'armée est par nature un milieu structuré. Nous utilisons cette structure – la hiérarchie, les journées rythmées, les activités collectives – pour structurer le volontaire. Peu à peu, le jeune prend confiance en lui. Quand il nous quitte, il a pris des habitudes qui ne sont plus des contraintes, et qui lui permettent d'évoluer dans le monde professionnel.
Quelles compétences clés les volontaires développent-ils ?
Je vais vous raconter une anecdote. Il y a un an, une autorité du ministère rend visite à notre centre de Brest et demande à un jeune qui allait partir : « Qu'avez-vous appris au SMV ? » Le jeune répond : « Avant le SMV, je n'aurais pas été capable de vous répondre. Maintenant, je suis capable de vous parler. »
Au-delà de cette anecdote, les capacités que développent nos jeunes sont :
- La confiance en soi – pour interagir avec les autres
- La connaissance et la maîtrise de leur corps – essentielle pour de nombreux métiers
- Vivre en collectivité – découvrir que ce qu'ils apportent à la collectivité est essentiel
Cette dernière compétence est fondamentale. Beaucoup de jeunes quittent leur premier emploi parce qu'ils ne sont pas aptes à vivre en collectivité. Nous leur apprenons que la collectivité dépend d'eux, et non l'inverse. C'est une découverte profonde qui bénéficie à leur insertion en entreprise.
S'ajoutent ensuite les compétences plus classiques : lecture, écriture, utilisation de l'ordinateur, et bien sûr les compétences techniques professionnelles.
Chiffres clés du Service Militaire Volontaire
- 60% de non-diplômés
- Environ 25% issus de QPV (Quartiers Prioritaires de la Ville) ou ZRR (Zones de Revitalisation Rurale)
- Autour de 20% en situation d'illettrisme
- Un tiers de femmes
Pouvez-vous nous donner des exemples concrets de filières et métiers proposés ?
Nous avons 7 implantations sur 6 régions : Montigny-lès-Metz (avec une antenne à Châlons-en-Champagne), Brétigny-sur-Orge, La Rochelle, Brest, Ambérieu-en-Bugey et Marseille.
Les filières sont adaptées aux besoins du marché de l'emploi local et régional. Nous dialoguons en permanence avec les régions et les employeurs. Comme ces formations sont externalisées, nous pouvons les ouvrir et les fermer facilement.
Quelques exemples de secteurs :
Métiers du tourisme : En partenariat avec Disneyland Paris – animateur, chargé d'accueil, employé de restauration, vendeur. Les jeunes qui réussissent sont assurés d'avoir un emploi.
Métiers de la logistique : Agent magasinier, cariste (avec passage des CACES)
Métiers de l'aéroportuaire : Bagagiste, agent d'escale
Métiers des travaux publics : Maçon en voirie, poseur de fibre optique
Métiers de l'aide à la personne : Plusieurs filières dans ce secteur
Filières spécifiques : Sauveteur secouriste aquatique (La Rochelle), masseur (thalassothérapie)
Le jeune choisit son centre en fonction de la filière proposée.
Pourquoi le partenariat avec France Travail est-il essentiel ?
Cette convention signée le 5 décembre dernier avec Thibault Guilluy n'est pas une simple reconduction : nous l'avons dynamisée. Ce partenariat est historique et essentiel à plusieurs égards.
- France Travail est l'opérateur du travail en France
Encore plus aujourd'hui qu'hier, tout se centralise autour de France Travail. À partir du moment où notre mission est de recruter et d'insérer des jeunes dans le monde du travail, il était évident d'être partenaire. - Le maillage territorial
Le maillage local, régional et national de France Travail nous garantit un interlocuteur à proximité de chaque régiment. Nous interagissons beaucoup avec les directions régionales. - Le recrutement
France Travail nous aide pour le recrutement en orientant certains jeunes vers nous, notamment dans le triangle que nous formons avec les missions locales et France Travail. La synergie entre nos trois entités s'améliore constamment, et nous en sommes bénéficiaires. - L'accompagnement pendant le parcours
Un conseiller France Travail suit chaque jeune volontaire pendant sa période au SMV. Cette interaction permet d'anticiper l'insertion. - L'insertion finale
France Travail est à l'interface entre chercheurs d'emploi et employeurs. Son rôle est donc fondamental. - La formation et la numérisation
France Travail a développé des outils de présentation du SMV via l'Académie France Travail. Nous créons également des passerelles automatiques entre nos systèmes d'information pour suivre de manière fluide le parcours du jeune. - Le financement de la formation professionnelle
Point essentiel : France Travail finance une partie de notre formation professionnelle via les POEI/POEC, en coordination avec les régions et les OPCO.
Je suis sans doute l'un des seuls généraux qui interagit avec France Travail. Et cette interaction est fondamentale pour la réussite de notre mission.
Quels conseils donneriez-vous aux conseillers France Travail pour identifier les jeunes pour lesquels le SMV serait pertinent ?
Je me mets à la place des conseillers : l'offre d'insertion est multiple en France. Ce qui est intéressant, c'est de comprendre ce qui distingue le SMV.
Première clé de lecture : Le jeune qui va au SMV ne « rentre pas à l'armée ». Il va faire un séjour dans l'armée pour s'insérer ensuite dans le monde civil. C'est une période limitée – 8, 10 ou 12 mois – pour utiliser l'armée comme tremplin vers l'insertion civile.
Deuxième clé de lecture : De très nombreux jeunes peuvent répondre à l'offre SMV. Il y a très peu de limites dans nos critères d'accueil. Les seules limites :
- Un minimum d'aptitude physique (mais nos critères sont bien plus bas que pour l'engagement militaire – nous accueillons des jeunes relevant de MDPH)
- Le volontariat du jeune
Et c'est là où le rôle du conseiller est fondamental. Certains jeunes ont l'idée d'eux-mêmes, mais d'autres hésitent. Si le conseiller a bien compris ce qu'est le SMV – très ouvert dans le recrutement, très ouvert dans les formations, ce n'est pas pour rejoindre l'armée – il va jouer un rôle essentiel dans le développement du volontariat du jeune.
Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes qui hésitent à candidater ?
J'ai trois messages à leur transmettre :
- Tu es capable.
Tu es capable de franchir la porte de la caserne. Tu es capable de vivre une période qui sera à la fois exigeante et formidable pour toi. Et surtout, tu as en toi les capacités pour exercer le métier qui te plaira. - L'insertion par la militarité.
Au SMV, nous avons bien les deux volets : nous visons ton insertion et pour ça, nous utilisons la militarité. - Notre devise : « Armé pour l'avenir. »
Pendant un moment, tu vas porter une tenue militaire, oui. Mais surtout, nous allons te donner tous les codes nécessaires pour ton avenir professionnel.
Quelles sont vos ambitions pour le SMV dans les années à venir ?
En 2025, nous avons augmenté de 20% notre recrutement par rapport à l'année précédente, avec le même niveau de moyens humains et financiers. C'est une performance qui témoigne de notre dynamique positive, notamment grâce à l'amélioration de nos interactions avec France Travail.
Pour 2026, mes préoccupations sont :
- Maintenir la performance en formation et insertion, car rien n'est jamais acquis, surtout avec un monde du travail en forte évolution.
- Garantir le financement de la formation professionnelle, financée par les régions administratives dont les budgets sont actuellement contractés. France Travail joue un rôle fondamental dans ce financement.
- Poursuivre la collaboration avec l'Union européenne via le Fonds Social Européen Plus (FSE+), qui finance une partie de nos actions.
L'avenir du SMV est lié aux décisions politiques – ce ne sont pas les armées qui décident de créer un centre. Mais notre mission reste la même : offrir une seconde chance à ces jeunes qui ont le courage de franchir le pas.
Ces résultats, c'est un véritable échange au service des jeunes.
Un dernier mot ?
Je vais quitter mon commandement dans 6 mois, et je veux partager deux mots.
Admiration pour ces jeunes qui choisissent de faire quelque chose pour leur avenir alors que beaucoup d'autres choisissent de ne rien faire. Ils sont conscients de leurs limites, ils pensent qu'ils n'y arriveront pas, et pourtant ils ont le courage de franchir le pas de la caserne. C'est remarquable.
Fierté pour l'encadrement militaire. Mes cadres ne sont pas nombreux, mais ils donnent l'essentiel de leur temps, de leur énergie et de leur disponibilité pour que les jeunes réussissent. Les résultats sont le fruit du courage des jeunes, de l'engagement de mes cadres et de tous nos partenaires.
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