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«Osez franchir la porte !» : Marine Rousseau, directrice générale de Social Builder

Alors que seulement 24% des effectifs de la tech sont féminins, l’association Social Builder multiplie les initiatives pour attirer, former et fidéliser les femmes dans les métiers du numérique. À l’occasion de la première édition du Tech Boost’Her, organisé en collaboration avec France Travail, sa directrice générale, Marine Rousseau, décrypte les enjeux de la mixité dans un secteur qui évolue très vite. Interview.

Publié le  22/09/2026

Marine Rousseau, pouvez-vous nous dresser un état des lieux de la place des femmes dans les métiers de la tech aujourd’hui ?

Marine Rousseau : Aujourd’hui, seulement 24% de femmes font partie des effectifs dans les métiers de la tech. Et dans certains secteurs comme la cybersécurité par exemple, elles ne sont que 14%. Or ce sont des secteurs qui recrutent massivement. Il y a vraiment une dissonance entre des métiers et des compétences qui évoluent énormément et un nombre de femmes qui reste très peu représentatif (NDR : voir notre infographie).

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Quelles sont les missions de Social Builder ?

Au-delà des idées ou des convictions, la féminisation des métiers de la tech’ est aussi un sujet économique aujourd’hui. On parle notamment de 400 000 emplois à horizon 2030 dans les entreprises du numérique. Les besoins sont donc énormes. La mixité en entreprise, n’est pas seulement un enjeu éthique ou de valeur, c’est aussi un enjeu économique. Les entreprises ont besoin de recruter des femmes pour pourvoir tous leurs postes. Quand une entreprise ne parvient pas à capter les femmes, elle se prive concrètement de 50% de la population. Et puis, on le sait, la mixité, c’est aussi un vrai levier de performance pour les entreprises. Les entreprises qui parviennent à une mixité représentative ont 3,5 fois plus de chances d’atteindre leurs objectifs financiers. C’est concret.

Chez Social Builder, on porte aujourd’hui, en collaboration étroite avec France Travail et l’Apec, le projet «Féma, féminisons les métiers d’avenir», qui a pour objet de rassembler les enjeux des femmes, les enjeux de société et les enjeux des entreprises. Nous avons intégré des entreprises dans ce consortium pour accompagner le projet et obtenu le soutien de France 2030, avec un plan d’investissement de l’État. C’est donc un véritable écosystème qui s’est construit autour de Fema pour soutenir la mixité au sein des entreprises.

« Le champ des possibles est aujourd’hui beaucoup plus vaste que ce que les femmes imaginent »


Quels sont les domaines du numérique sur lesquels vous concentrez vos actions ?

Nous nous concentrons sur trois secteurs professionnels avec le plus d’enjeux de recrutement dans les années à venir, à savoir la cybersécurité, l’industrie du futur et le secteur de la ville durable. Nous avons plusieurs leviers d’action dont une partie événementielle, comme le Tech Boost’her organisé en partenariat avec France Travail dans le cadre de la Semaine des métiers du numérique. Parce qu’avant tout, il s’agit de rendre attractifs ces métiers, de rendre audibles ces secteurs d’activité qui ne le sont encore pas assez auprès des femmes. Notre ambition, à travers ce projet et ces événements, c’est bien d’aller capter l’attention des femmes, de leur montrer que les métiers, les compétences, les besoins ont grandement évolué et que le champ des possibles est aujourd’hui beaucoup plus vaste que ce qu’elles imaginent.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces métiers qui évoluent avec la tech’ ?

Par exemple, pour les métiers de la ville durable, nous avons des nouveaux métiers ou des métiers qui ont évolué, comme géographe-topographe, qui intègre aujourd’hui complètement l’outil numérique comme BIM (Building Information Modeling – Modélisation des informations du bâtiment) modeleuse ou BIM coordinatrice. À l’heure où les villes sont au cœur des enjeux économiques, écologiques et de société, les besoins dans ces métiers sont très importants. Côté industrie, on est également sur les mêmes enjeux. Elle doit repenser ses métiers avec l’arrivée de l’IA notamment. Du coup, les métiers de l’industrie du futur vont toucher toute la robotique, les machines intelligentes, le pilotage numérique, l’analyse de données, etc. Aujourd’hui, les femmes n’y sont pas car même si on a 20% de femmes dans l’industrie, ce sont souvent sur des postes support, marketing ou RH par exemple.

 

« Dans la tech’ aussi, les stéréotypes de genre nous collent encore à la peau »


Est-ce qu’aujourd’hui on se bat toujours contre les mêmes stéréotypes et les mêmes freins ?

Et oui. Les stéréotypes de genre nous collent encore à la peau, dans toutes nos sphères en fait : dans la sphère familiale, dans la sphère de l’éducation, dans la sphère professionnelle. Ces stéréotypes ont finalement imprégné nos conscients et nos subconscients. Nos choix d’orientation sont encore trop souvent drivés par ces représentations. À travers nos événements, comme Tech Boost’Her, on cherche justement à déconstruire ces stéréotypes, à créer la rencontre entre les femmes et les enjeux de recrutement, à travers tous ces métiers finalement méconnus, en rassemblant les femmes, les entreprises et les partenaires dans un même lieu.
Mais le principal frein, je pense, reste l’autocensure. Une femme qui ne va pas cocher tous les critères de l’offre d’emploi va être très frileuse à postuler. Un homme ne se posera pas autant de questions. Côté entreprises, il faut encore travailler les techniques de recrutement, la rédaction des offres d’emploi, savoir repérer les compétences de quelqu’un qui, au départ, n’a pas exactement le profil attendu. Ensuite, la fidélisation des femmes dans les entreprises passe par l’évolution des pratiques managériales entre autres.

« Une femme sur deux quitte le numérique avant 35 ans : il y a un vrai enjeu de fidélisation pour les entreprises »


Si je comprends bien, il faut également accompagner les entreprises ?

Oui, c’est hyper important. C’est bien beau d’aller chercher les femmes, de les mobiliser, de les accompagner dans ces parcours de reconversion, mais si l’entreprise ne fait pas bouger ses valeurs, ses principes d’action, ses modes de recrutement, sa capacité à accompagner, les femmes qui arrivent dans ces secteurs ne restent pas. Les entreprises doivent à la fois recruter et fidéliser les femmes. On a une statistique qui fait froid dans le dos : une femme sur deux qui arrive dans le secteur du numérique en repart avant ses 35 ans. C’est fou. Je discutais hier encore avec une femme qui travaille dans la cybersécurité. Elle m’explique que son entreprise mène une vraie stratégie pour capter les profils féminins. Mais elle me confie qu’étant la seule femme sur une équipe de 15 personnes, l’intégration est compliquée. Comment on l’accompagne dans cette équipe ? Comment on accompagne également les managers et les collaborateurs ? C’est vraiment tout l’objet du projet Fema.

Concrètement, comment se déroule un événement Tech Boost’her ?

On a organisé un gros événement en juin à Paris, pour ensuite le décliner en région. On a donc 12 événements, on fait un peu le Tour de France avec nos valises en prenant appui sur notre écosystème, nos partenaires comme France Travail par exemple. D’ailleurs on s’intègre complètement dans l’écosystème local pour construire nos événements. Il n’y a pas un événement qui ressemble à un autre parce qu’on travaille en amont avec les acteurs locaux, avec France Travail déjà qui nous aiguille sur les besoins du secteur géographique. On adapte complètement le contenu de nos événementiels aux réalités de territoire. En moyenne, on rassemble entre 150 et 300 femmes, c’est vraiment une journée où on crée la rencontre entre les femmes et les partenaires présents. Les femmes passent bien souvent toute la journée, qui est un vrai parcours. Un parcours qui débute souvent par un espace pour s’inspirer avec une table ronde où différentes personnalités locales, d’entreprises, de fédérations, de professionnelles du secteur viennent témoigner. On a ensuite un espace pour explorer puis un espace pour se rencontrer, avec des stands d’entreprises et de partenaires comme France Travail, l’Apec, mais aussi les Opco des trois secteurs et des associations comme France Active par exemple. C’est tout un écosystème qui se retrouve sur place pour renseigner, orienter, informer les femmes. Notre dernier espace, c’est un espace pour se lancer, avec des ateliers de recherche d’emploi, des ateliers CV avec des photographes professionnels par exemple. C’est tout bête, mais ce sont des outils hyper intéressants pour valoriser aussi les femmes.

« Il y a une sororité incroyable ! Je suis à chaque fois émerveillée de voir ça »


Quelle est l’ambiance dans ces journées Tech Boost’her ?

Il y a une sororité incroyable ! Je suis à chaque fois émerveillée de voir ça. Beaucoup de femmes démarrent et terminent la journée ensemble. C’est une communauté qui se crée à travers ces événements. Pour les femmes qui ne peuvent se déplacer, on organise également un webinaire le 29 septembre. C’est hyper important car on ne capte pas les mêmes femmes.

Une fois que vous avez suscité l’intérêt des femmes pour ces métiers, que se passe-t-il ?

On les accompagne. On organise notamment des bootcamps de trois jours en ligne pour creuser leurs projets, les accompagner, leur faire découvrir les secteurs et métiers. À travers des programmes de mentorat, on permet aux femmes, sur la base du volontariat, de les accompagner pendant 6 mois. Nous mettons en place toute une animation de la communauté des femmes, avec de nombreux rendez-vous en distanciel comme en présentiel, des rencontres entreprises, des ateliers de reprise de confiance en soi. Et comme chez Social Builder, on attache beaucoup d’importance à la reconversion professionnelle, on est très attentives à cibler chez les femmes les forces et les compétences transférables d’un métier à l’autre. On a plusieurs vies professionnelles aujourd’hui et c’est en s’ouvrant le champ des possibles qu’on va pouvoir rebondir.

Un dernier mot pour les femmes qui hésitent encore ?

Osez, osez quoi, osez en fait le début du changement, le début d’un parcours, c’est pousser une porte. Là la porte est ouverte et on est là pour elle et vraiment osez venir. Nos événements en présentiel comme en distanciel sont organisés pour toutes les femmes. Donc même si vous n’y connaissez rien, venez quand même !

Crédit photos : Alice Helft

Social Builder, 15 ans d’engagement pour la mixité

Fondée en 2011 par Emmanuelle Larroque, entrepreneure sociale, experte passionnée de pédagogie et d'innovation sociale au service de l'égalité, l’association Social Builder est une structure nationale basée à Paris, avec un rayonnement sur l’ensemble du territoire français. Son objectif : favoriser l’émancipation des femmes par l’autonomie financière et l’insertion professionnelle, en réponse aux évolutions de la société et aux compétences attendues par les entreprises.
Au cœur de son action, le projet « Féma, féminisons les métiers d’avenir », rassemble les enjeux des femmes, de la société et des entreprises autour de trois secteurs prioritaires : cybersécurité, industrie du futur et ville durable.

Aujourd’hui, Social Builder, c’est :

  • Une quinzaine de salariés engagés au service de la mixité
  • Un écosystème de partenaires : entreprises, institutions, associations
  • Des événements nationaux et régionaux comme le Tech Boost’her, qui rassemble entre 150 et 300 femmes par édition
  • Des programmes d’accompagnement : boostcamps, mentorat, ateliers de confiance en soi, aide à la reconversion

En 2026, l’association prépare également un Livre blanc soutenu par la Direction générale des entreprises, et présenté en janvier au ministère du Numérique. Rédigé avec les entreprises partenaires, ce livre est un espace de réflexion pour identifier les freins à l’accès des femmes aux métiers du secteur et proposer des solutions concrètes.

Pour en savoir plus :
socialbuilder.fr
Tech Boost’Her

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