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Quand le programme “L’Art d’accéder à l’emploi” devient un levier d’insertion professionnelle en milieu carcéral

Et si, le temps d’une rencontre mêlant culture & emploi, les recruteurs devenaient candidats… et les détenus recruteurs ?

Publié le  31/03/2026

C’est l’expérience inédite qui s’est déroulée le 26 mars 2026 au centre pénitentiaire d’Orléans-Saran, où théâtre, improvisation et job dating se sont mêlés pour servir un objectif commun : l’accès à l’emploi.

Huit détenus volontaires, engagés dans le programme « L’Art d’accéder à l’emploi » porté par France Travail, ont rencontré une quinzaine d’employeurs dans un format volontairement décalé. Déployé depuis 2025 par les agences France Travail auprès des demandeurs d’emploi fragilisés en Centre-Val de Loire, ce dispositif propose de travailler les compétences autrement, en s’appuyant sur l’art et la culture pour renforcer la confiance et préparer l’accès à l’emploi. « C’est la première fois qu’il est déployé en milieu carcéral en région Centre », souligne Patrick Boissy, directeur France Travail Loiret.

Pour cette édition, place au théâtre, avec huit ateliers animés en détention par la comédienne et professeur de théâtre Manon Lécuyer. Les participants ont pu travailler la posture, la prise de parole, l’expression corporelle et le récit de soi.

« Au début, ils parlaient à peine. Puis la confiance s’est installée. Ils se sont encouragés, entraidés, et surtout, ils ont été fiers d’eux. Cette expérience a été très enrichissante pour moi. »


Des codes du recrutement inversés le temps d’une rencontre

Point d’orgue du programme, la « Levée de rideau », restitution finale organisée dans le gymnase du centre pénitentiaire, a réuni les stagiaires et près d’une trentaine de participants - recruteurs, partenaires et acteurs institutionnels autour de mises en situation originales et de saynètes où les rôles étaient inversés. Les détenus se sont glissés dans la peau de recruteurs, tandis que les employeurs ont accepté de jouer les candidats.

Brisant la glace, ces exercices ont pu révéler des compétences souvent peu visibles, comme l’aisance relationnelle, l’adaptabilité, l’engagement, et surtout provoquer des échanges informels propice à découvrir les candidats au-delà du CV.  « Cela donne à voir une autre image des détenus et met en lumière leurs compétences, sans CV », explique Patrick Boissy, directeur France Travail Loiret.

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Une coopération structurante

Cette initiative repose sur une coopération étroite entre France Travail, la Direction interrégionale des services pénitentiaires de Dijon et le Service pénitentiaire d’insertion et de probation du Loiret, mobilisés dans le cadre d’une convention justice avec France Travail. Tous ont œuvré autour d’un même objectif, favoriser une réinsertion durable et prévenir la récidive en préparant activement la sortie, comme l’a rappelé François Montéso, directeur du Service pénitentiaire d’insertion et de probation du Loiret.

Sur le terrain, l’accompagnement par la conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation, référente insertion professionnelle et par Aurore, la conseillère France Travail et référente justice du Loiret a été déterminant. Cette dernière a suivi les participants tout au long du projet et mobilisé les entreprises partenaires.

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« Je suis très contente et fière du travail qu’ils ont réalisé. S’il y a un emploi derrière la détention, on a tout gagné. », a déclaré Aurore.


Des perspectives pour les détenus

Les retours sont positifs. Les détenus sont ravis de leur progrès et des rencontres avec les employeurs présents.

« On a beaucoup appris : comment se comporter, comment répondre aux questions », témoigne Yassine, l’un des détenus participants. Ça nous a motivé, on continuait à s’entraîner entre nous en dehors des ateliers, en promenade. Aujourd’hui, on s’est dépassés. J’ai rencontré des employeurs qui veulent me revoir à la sortie. »2026--03-26-programme-“L’Art-d’accéder-à-l’emploi”-5-.jpg

Ischem partage le même constat : « Au début, on était stressés et un peu coincés, mais j’ai été content de participer. »

Aurore, leur conseillère, complète : « On voit une vraie évolution. Certains n’avaient pas les codes au départ. Aujourd’hui, ils utilisent le vouvoiement, sont prêts à se présenter à un entretien ».

Une dynamique qui ne fait que commencer

Du côté employeur aussi, la mobilisation est à souligner. Venus dans un cadre inhabituel, les quatorze recruteurs présents (entreprise logistique, agroalimentaire, agences d’intérim…) ont accepté de sortir des formats classiques de recrutement pour privilégier l’échange direct.

Et le ressenti est bon. « C’est différent d’un forum classique. Inverser les rôles enlève les malaises », confie un recruteur de RAS Intérim.

« Le « après » c’est vous, les acteurs de l’insertion et les entreprises, qui avez un rôle important », a affirmé Patrick Boissy en introduction. Ce qu'Aurore, conseillère France Travail, complète à l'issu de la rencontre : « J’espère que l’on pourra créer un partenariat solide et durable avec les entreprises présentes ». A bon entendeur...

Auprès de personnes sous-main de justice, cette action prend une dimension particulière : elle met en lumière des savoir-être que les formats classiques de recrutement ne permettent pas toujours d’exprimer.

Fort de cette dynamique, le centre pénitentiaire souhaite s’engager dans d’autres initiatives qui bousculent les codes : une opération « Du Stade vers l’emploi », mêlant sport et insertion, est envisagée fin 2026, ainsi qu’un nouveau déploiement de « L’Art d’accéder à l’emploi » à l’horizon 2027.

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